Nouvelles estivales : changement de civilisation en vue ?
Voici un tour d’horizon rapide des grandes actualités ayant marqué ces dernières semaines dans le domaine de la santé intégrative en France.
Pour certains, les vacances ont peut-être déjà commencé.
D’autres pensent peut-être que le sport ou la canicule sont les seuls sujets du moment.
En réalité, il s’est passé pas mal de choses ces dernières semaines. Petit tour d’horizon.
1/ 1er juin – Collecte géante de données : c’est pour votre bien !
L’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) et la Plateforme des données de santé, également connue sous le nom de Health Data Hub, ont signé une feuille de route commune. [1]
Officiellement, celle-ci doit faciliter :
- les projets de recherche médicale de grande ampleur ;
- le partage sécurisé de bases de données ;
- et l’évaluation d’outils d’intelligence artificielle dits « de confiance ».
Les deux institutions collaborent déjà sur 51 projets.
Cette alliance est présentée comme une opportunité pour développer une médecine plus personnalisée grâce au croisement des informations cliniques, biologiques et hospitalières de chaque patient.
C’est surtout l’occasion de collecter massivement des données sur les patients.
Est-ce pour développer des IA ? Est-ce pour accentuer la surveillance des populations ?
L’avenir le dira.
2/ Une nouvelle lecture du vieillissement du pancréas
Début juin, une équipe réunissant l’Université de Lille, le CNRS, l’Inserm, le CHU de Lille et l’Institut Pasteur de Lille a présenté des résultats consacrés au vieillissement du pancréas. [2]
Les chercheurs ont observé que, chez une personne saine, le vieillissement du pancréas, même s’il entraîne une dégradation progressive, est accompagné d’un remodelage épigénétique qui permet de préserver la production d’insuline.
Le corps vieillit, mais il met en place des mécanismes de compensation.
À l’inverse, chez les patients touchés par le diabète de type II, le remodelage épigénétique ne suit pas.
La trajectoire de ces patients est différente.
Cela serait dû au stress cellulaire, à l’inflammation et à une perte d’identité des cellules pancréatiques.
Ces travaux confirment l’intérêt d’agir en prévention sur les facteurs métaboliques.
En clair, un suivi nutritionnel intelligent permet à la fois d’éviter le diabète de type II ainsi qu’un vieillissement prématuré du pancréas.
Une fois de plus, la médecine fonctionnelle, qui s’intéresse aux grandes fonctions du corps humain, a vu juste.
3/ Des organoïdes intestinaux dotés de leur propre système nerveux
Le 15 juin, l’Inserm et l’université de Nantes ont annoncé la mise au point, avec des partenaires américains, d’une nouvelle méthode de fabrication de tissus humains imitant l’intestin grêle, le côlon et l’estomac. [3]
Les chercheurs rassemblent environ 4 000 petites structures issues de cellules souches dans un support imprimé en 3D.
Celui-ci contraint temporairement leur croissance et favorise leur fusion en un tissu allongé pouvant atteindre jusqu’à 8 cm.
Mais la vraie innovation réside dans l’apparition spontanée d’un système nerveux entérique, c’est-à-dire un réseau de neurones intestinaux.
Lorsque les tissus sont stimulés électriquement, les neurones activent les muscles et provoquent des contractions. Mais si l’activité nerveuse est bloquée, les contractions cessent.
Ces tissus artificiels permettent aux chercheurs d’étudier :
- le fonctionnement de l’intestin ;
- certaines maladies digestives ;
- les interactions entre l’intestin et le cerveau ;
- et la réaction à des médicaments.
À terme, ces recherches pourraient faire évoluer les prescriptions données aux malades ainsi que la médecine réparatrice.
Elles représentent un espoir de plus vers une médecine personnalisée, adaptée aux besoins de chaque patient.
4/ Le chant entre dans le parcours de soins en psychiatrie-addictologie
Le projet «Versailles en Harmonie », porté avec l’hôpital Corentin-Celton AP-HP, le château de Versailles et le soutien de la mutuelle MGEN, a abouti, le 24 juin, à un concert à la chapelle royale du château. [4]
Des patients suivis en psychiatrie-addictologie ont participé à quatre ateliers de chant-thérapie, conçus pour travailler :
- la respiration ;
- la voix ;
- l’expression ;
- et la dynamique collective.
Le but de ce projet était de favoriser le bien-être émotionnel, mental et physique, tout en créant une expérience culturelle valorisante.
Est-ce le début d’une reconnaissance officielle pour le chant comme outil thérapeutique ?
5/ La prévention personnalisée devient un critère de qualité hospitalière
La Haute Autorité de santé a publié en juillet la version 2027 de son référentiel de certification des établissements de santé. [5]
Le document affirme que la prévention doit faire partie intégrante de la prise en charge du patient et être suivie dans le temps.
Les établissements devront notamment montrer que les patients reçoivent des conseils adaptés à leur situation concernant :
- leur santé mentale,
- les addictions,
- l’alimentation,
- l’activité physique,
- la sédentarité,
- la vaccination
- et l’usage du numérique.
Les besoins identifiés devront être intégrés au parcours de soins et tracés dans le dossier médical.
L’hôpital n’est plus seulement un lieu où l’on traite les pathologies.
C’est également un lieu d’éducation à la santé où le patient doit devenir plus autonome : vœux pieux ou changement réel à venir ?
6/ Paris accueille un congrès mondial consacré à la santé intégrative
Les 10 et 11 juillet, Paris a accueilli la dixième édition du Congrès mondial ICNM de médecine intégrative et naturopathique. [6]
Le programme abordait notamment la santé mentale, la cancérologie intégrative, la nutrition, la santé métabolique et différentes technologies associées au bien-être et au « biohacking ».
Il est encore possible d’organiser ce type d’événement en France !
Et les organisateurs ne semblent pas avoir eu d’ennuis particuliers. Tant mieux !
7/ Aide à mourir : la proposition de loi a été définitivement adoptée le 15 juillet 2026
L’Assemblée nationale a définitivement adopté la proposition de loi créant un droit à l’aide à mourir, par 291 voix pour, 241 contre et 29 abstentions. [7]
La discussion parlementaire est donc terminée. Le Conseil constitutionnel a été saisi le 16 juillet 2026.
Le texte sera applicable quand les juges constitutionnels se seront prononcés dessus.
Aide à mourir, suicide assisté ou euthanasie généralisée ?
Le texte crée un « droit à l’aide à mourir », c’est-à-dire le recours à une substance létale que la personne est, en principe, censée s’administrer elle-même.
C’est un suicide assisté.
Si elle n’est pas physiquement capable de le faire, elle peut demander qu’un médecin ou un infirmier lui administre la préparation.
Il s’agit alors d’une euthanasie.
À qui s’applique le texte ?
Il y a cinq conditions pour pouvoir accéder à l’aide à mourir :
- avoir au moins 18 ans ;
- être français ou résider en France de façon stable et régulière ;
- être atteint d’une affection grave et incurable engageant le pronostic vital, en phase avancée ou terminale ;
- éprouver une souffrance liée à cette maladie jugée insupportable après avoir décidé de refuser ou d’arrêter un traitement ;
- être capable de manifester une volonté libre et éclairée.
La phase avancée est définie comme l’entrée dans un processus irréversible, avec aggravation de l’état de santé affectant la qualité de vie.
La souffrance psychologique liée à la situation du patient peut être prise en compte. Mais à elle seule, elle ne peut justifier une euthanasie.
À ce stade, les mineurs sont exclus du champ d’application du texte.
Qui peut demander la mort ? Et qui peut la donner ?
La demande doit être formalisée par la personne elle-même, et non par la famille. Elle est censée pouvoir être retirée à tout moment.
La procédure implique une évaluation collégiale associant au minimum :
- le médecin saisi de la demande,
- un autre médecin spécialiste,
- et un auxiliaire médical ou un aide-soignant.
L’administration de la substance pourrait notamment avoir lieu au domicile de la personne ou dans un établissement de santé ou médico-social.
Le texte prévoit-il une clause de conscience ?
Les soignants devraient pouvoir, à titre individuel, refuser de participer à une aide à mourir.
Le texte ne prévoit toutefois pas de clause de conscience collective pour les établissements.
Ils seront tenus de permettre l’intervention des médecins ou infirmiers « euthanasieurs » ainsi que l’accès à leurs locaux.
Une révolution morbide
Ce texte marquera un grand changement dans notre société.
Votre médecin ne serait plus seulement celui qui vous soigne. Il va aussi devenir celui qui a le droit de vous donner la mort. C’est une remise en cause du serment d’Hippocrate !
Avant cela, il existait déjà les soins palliatifs, l’accompagnement de fin de vie et la sédation.
Désormais, l’aide à mourir pourrait devenir une réalité courante dans certains établissements.
La question de la mort et celle de la souffrance sont délicates.
Mais ce texte pourrait leur donner un tour plutôt expéditif.
De nombreux thérapeutes craignent des dérapages.
Ils craignent le développement de trafics d’organes.
Ils craignent une extension progressive de la loi ou de son application.
Ils craignent tout simplement une banalisation de la mort donnée.
Pendant ce temps-là, les Français semblent regarder ailleurs, vers le foot, les vacances ou le temps qu’il fait…
Mais notre civilisation vient peut-être de basculer dans l’obscurité.
Affaire à suivre,
Augustin de Livois
Références
[1] Health Data Hub, « La Plateforme des données de santé et l’AP-HP renforcent leur partenariat stratégique autour des données de santé », juin 2026. [2] Nature Communications, « Epigenetic landscapes in human pancreatic islets reveal distinct drivers for adaptation to age and type 2 diabetes », 3 juin 2026. [3] Inserm, « Des scientifiques parviennent à créer des organoïdes intestinaux plus grands et dotés d’un système nerveux fonctionnel », juin 2026. [4] AP-HP, « Versailles en Harmonie : le chant au service de la santé mentale », 2026. [5] Haute Autorité de santé, « Certification des établissements de santé pour la qualité des soins – Référentiel, version 2027 », juillet 2026. [6] ICNM, « 10th ICNM Congress – Paris, July 10–11, 2026 », site officiel du congrès. [7] Assemblée nationale, « Scrutin public sur l’ensemble de la proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir », 15 juillet 2026 ; Sénat, « Proposition de loi relative au droit à l’aide à mourir », dossier législatif.
Donner la mort ne devrait être fait que ds les centres de soins palliatifs et par des médecins spécialisés. Et non par n’importe quel médecin, et à domicile ! Il ne faut pas faciliter cet acte mais le rendre difficile d’accès. S’il doit exister !