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Chers lecteurs,

Le 22 janvier 2026,

  • le GETCOP (Groupe d’Évaluation des Thérapies Complémentaires Personnalisées et des Pratiques Innovantes)
  • et la CNPS (Chambre Nationale des Praticiens de la Santé Durable et Intégrative) ont organisé un colloque important au Sénat sur le thème :

Pourquoi et comment sécuriser l’introduction des pratiques de santé ?

Je m’y suis rendu pour représenter la Fondation Hippocrate.

La sénatrice du Bas-Rhin, Madame Laurence Muller-Bronn, accueillait cet événement.

Elle a expliqué, en introduction, que juste à côté de chez elle, en Allemagne et en Suisse, les thérapies complémentaires sont reconnues officiellement.

Dans les pays scandinaves, ces thérapies ont aussi été autorisées.

En Suisse, le droit d’accéder à ces thérapies a même été intégré à la Constitution !

Cela donne, dans le fond, la bonne mesure de ce combat. Il s’agit bien de faire reconnaître par nos autorités une liberté fondamentale.

Sa collègue, Madame Corinne Bourcier, sénatrice du Maine-et-Loire, était également présente.

L’objectif de cette journée était d’instaurer un dialogue citoyen et constructif entre médecins, thérapeutes, chercheurs, patients et les institutions.

Le peuple plébiscite les médicines complémentaires

Ce débat est, en effet, l’affaire de tous. Car une grande majorité de Français apprécient ces pratiques complémentaires telles que : 

  • l’acupuncture, 
  • la nutrition, 
  • la phytothérapie, 
  • la réflexothérapie, 
  • l’hypnose, 
  • la musicothérapie, 
  • l’art-thérapie, etc.

Maître Isabelle Robard, oratrice lors de ce congrès, a dressé un état des lieux du droit en ce qui concerne ces thérapies complémentaires.

Elle donne quelques chiffres pour commencer :

  • 86 % des Français ont une bonne image des pratiques complémentaires de santé,
  • mais 44 % d’entre eux se sentent bien informés,
  • 59 % d’entre eux aimeraient remplacer leurs médicaments par des remèdes naturels.

Il y a un gouffre entre la vox populi et les institutions.

Un horizon juridique à élargir

Maître Robard a rappelé qu’il existe 400 pratiques complémentaires. Ces dernières sont tolérées par l’administration.

Elles sont exercées par des personnes perçues comme thérapeutes par le grand public mais non reconnues en tant que telles par les autorités sanitaires.

Ces personnes peuvent exercer leur activité, la déclarer et payer des impôts dessus. 

Mais elles ne font pas partie du système de santé.

L’avocate a précisé qu’en France le monde de la santé est régi par la jurisprudence Mercier de 1936.

D’après cet arrêt de la Cour de cassation, la médecine s’exerce donc dans le cadre d’un contrat. 

Ce cadre implique le consentement du patient et une responsabilité civile de la part du médecin.

C’est pour cela que l’on parle de médecine conventionnelle et de médecine non conventionnelle.

Il y a des pratiques complémentaires qui font partie de ce contrat et celles qui en sont exclues.

Au fil des années, l’environnement autour de ce contrat s’est étoffé avec l’arrivée de la Sécurité sociale, la reconnaissance des professions de santé ainsi que de quatre professions de la santé :

  • les ostéopathes ;
  • les psychologues ;
  • les chiropracteurs,
  • les psychomotriciens.

Les autres pratiques complémentaires pourraient parfaitement venir augmenter cette liste.

Au niveau juridique, elles ont déjà leur place.

Ce qui manque aujourd’hui, c’est une volonté politique.

Un cadre juridique clair pour des thérapies complémentaires

Lors de son allocution, Isabelle Robard a esquissé un cadre qui permettrait de créer un socle commun pour de nombreuses pratiques complémentaires.

Les thérapeutes recevraient une formation initiale commune pendant deux ou trois ans avant de se spécialiser selon la thérapie qui a leur préférence.

L’avocate estime qu’il faut les ingrédients suivants pour que les pratiques de santé complémentaires puissent intégrer le droit français :

  • formation initiale robuste ;
  • formation continue obligatoire ;
  • mise à niveau avec un certificat de compétence ;
  • obligation d’assurance ;
  • charte déontologique ;
  • respect des normes Afnor.

Ces praticiens auraient un rôle important au niveau de la prévention et du bien-être.

Dans un pays où une personne sur deux est en surpoids ou obèse, cela ne semble pas être un luxe !

Sécuriser les parcours des patients

Le contexte en France est aujourd’hui propice pour une évolution de la médecine. En effet, la population vieillit et est favorable à ces pratiques qui apportent un mieux-être tout au long de la vie.

Bernard Payrau, président du GETCOP, a estimé que ce soutien massif du public est à prendre en compte.

Il ne peut pas être ignoré uniquement parce qu’une poignée de médecins, dont certains sont à l’Académie de médecine, n’aiment pas ou méprisent ces pratiques complémentaires.

Il insiste sur la nécessité de créer un dialogue entre les médecins, les citoyens et les institutions.

Il utilise la métaphore du ski pour éclairer son explication : le hors-piste est dangereux tandis que l’ouverture de nouvelles pistes permet d’agrandir le domaine skiable tout en respectant la sécurité des skieurs. 

Pour Guy Roulier, président de la CNPS, c’est aussi une question de recherche. En sécurisant ces pratiques complémentaires, on ouvre une porte plus grande pour les chercheurs.

Cela permet aussi d’introduire ces pratiques dans le parcours de soins du patient. 

Il précise : “C’est ce que l’on appelle la médecine intégrative.” Il ajoute : “Et tout cela est au service du patient.”

En finir avec les Miviludes

Il existe en France une administration étrange dont le statut est assez flou et le fonctionnement opaque.

Il s’agit d’un service interministériel dénommé Miviludes dont la mission est de lutter contre les dérives sectaires.

Cette administration est-elle parvenue, depuis qu’elle existe, à lutter efficacement contre les sectes ? Nul ne le sait.

En revanche, ses membres s’en prennent dès qu’ils le peuvent aux médecins ou thérapeutes qui utilisent des pratiques complémentaires n’ayant pas l’heur de plaire à la Miviludes.

Ainsi, pendant longtemps l’homéopathie, les hypnothérapeutes et la médecine anthroposophique ont été attaqués.

Certaines pratiques ont été placées sur une liste noire.

Pour autant, comme l’a rappelé l’avocate du jour, lorsque l’on regarde de près les condamnations des thérapeutes poursuivis par les autorités, bien peu sont inquiétés pour des raisons graves.

On leur reproche essentiellement des erreurs de communication

Ainsi, sur les 675 praticiens inspectés par le service des fraudes ces dernières années, 400 d’entre eux avaient simplement utilisé des mots réservés au domaine du soin.

Peut-être ont-ils parlé de patients au lieu de clients ? Peut-être ont-ils évoqué un soin plutôt qu’un accompagnement ?

Dans la plupart des cas, ces erreurs auraient pu être évitées avec une formation initiale plus dense.

La médecine est-elle une science comme les autres ? 

Afin de donner un peu de hauteur de vue aux différents échanges proposés, le GETCOP et la CNPS avaient invité le philosophe Reza Moghaddassi.

Ce dernier a souligné l’importance d’avoir une médecine à la fois scientifique et humaniste.

Pour lui, tout le monde est attaché à l’idée de la science fondée sur la raison, le réel et une connaissance collective nourrie de travaux qui peuvent être dupliqués.

Cela permet de lutter contre le relativisme. 

La vérité dépend du réel et de la logique et non de ce que pense chaque personne individuellement.

C’est dans ce contexte que se pose la question : quelle est la relation juste entre la médecine et des thérapies qui ne sont pas toutes prouvées ?

Pour le philosophe, ces questions sont légitimes.

Mais il introduit d’emblée une nuance : la médecine est d’abord une relation humaine avant d’être une science..

Cela suppose d’opérer un ajustement.

Le rôle de la médecine est de mobiliser des savoirs au bénéfice du patient. Et la science est l’un des savoirs mobilisés.

Il y en a d’autres comme l’humanisme, la compassion ou même la liberté. Tout ce qui relève de l’humain peut entrer dans le domaine de la médecine.

Et c’est pour cela qu’elle est complexe.

Le matérialisme aveugle ne réponds pas aux besoins des patients 

La science d’aujourd’hui pour produire des preuves doit chosifier la nature

Elle utilise la physique et la biologie pour quantifier, mesurer, limiter et entrer dans des tableaux statistiques qui tiennent dans des livres.

Mais la vie n’est-elle pas plus large que cela ?

Il y a une contradiction entre la nécessité de produire des preuves, qui diminue la vie, et l’objet même de la médecine qui est de la sauver.

La médecine est au service d’un monde vivant. Elle n’est pas que statistique.

Elle est obligée de prendre en compte la part infinie de l’homme selon le mot de Heidegger.

Vouloir enfermer la médecine dans un absolu, c’est ce que l’on appelle le scientisme.

Construire des modèles pour aujourd’hui et pour demain

En réalité, pour notre philosophe, la force de la science moderne c’est de pouvoir bâtir des modèles.

Les modèles restent mais ils évoluent.

Par ailleurs, les conceptions humaines changent elles aussi. Les vieux modèles sont-ils faux pour autant ?

Le monde d’aujourd’hui conçoit l’être humain comme le fruit d’une dualité : le corps et l’esprit. 

Mais autrefois, au Moyen Âge et dans l’Antiquité, on le voyait en trois dimensions : corps, esprit et psyché ou âme.

Les anciens avaient-ils tort ?

Les médecins d’aujourd’hui ne soignent plus l’âme que les anciens craignaient tant de perdre. A-t-elle disparu pour autant ?

Ces deux conceptions sont vraies. 

Elles résultent de choix culturels.

Cela veut dire qu’il peut exister plusieurs modèles.  

On peut les opposer. On peut aussi les rendre convergents.

C’est tout l’enjeu de la santé intégrative.

En revanche, penser qu’il n’existe qu’un seul modèle possible, que ce dernier est éternel et qu’il ne pourra jamais changer, c’est entrer tout droit dans un monde totalitaire.

C’est une dérive sectaire, une des seules que la Miviludes ne semble pas avoir vue.

Des thérapies qui améliorent le bien-être des soignants

D’autres conférences ont lieu à l’occasion de ce colloque de haut niveau.

Diverses thérapies complémentaires ont été présentées comme le Qi Gong, issu de la médecine chinoise dont les gestes lents favorisent un travail coordonné entre le cerveau et le corps.

Diverses thérapies complémentaires comme l’acupuncture, l’hypnose ou la musicothérapie ont fait leur entrée en EHPAD ou à l’hôpital.

Elles apportent un mieux-être aux patients et aux soignants. Elles permettent notamment de baisser le turnover chez ces derniers.

Et en effet, pour espérer avoir des patients sereins en dépit des circonstances, ne faut-il pas miser sur des soignants épanouis ?

C’est en tout cas l’un des enjeux de ce colloque et plus généralement de la santé intégrative.

Prochaine étape : rendez-vous à Paris le 18 avril 2026

Ces discussions passionnantes pourront être poursuivies à l’occasion du 1er congrès de la Fondation Hippocrate qui aura lieu à Paris (Fondation Biermans-Lapôtre – 9A Bd Jourdan), le 18 avril à Paris.

Des thérapeutes de très haut niveau ont été réunis à cette occasion dont les Pr Alain Tolédano et Fabienne Roelants, les Dr Eric Ménat, Florence Lair et de nombreux autres.

Venez les rencontrer et échanger avec eux. J’espère aussi avoir la joie de vous rencontrer à cette occasion.

Programme et inscription ici.

Affaire à suivre !

 

Augustin de Livois

9 commentaires

  • de Bouteiller Charlotte dit :

    Bonjour, Les psychopraticiens sont PSNC non reconnus sous ceux qui sont issus du médical est sont PS. Ils ne sont pas dans un cadre légal comme les ostéos et les chiros. A part cela il y a 2 directives hélas non obligatoires de l’UE de 1997 et 1999 pour reconnaitre et intégrer des PSNC dans les états membres. La majorité l’a fait comme les Pays Bas qui ont abandonné le monopole médical, ou le Royaume Uni. D’autres états ont intégrer partiellement les PSNC mais la France est la seule à faire la politique du chien crevé qui suit le fil de l’eau, pour qu’il empire et en espérant que le problème se résolve de lui -même. Elle a intégré les ostéos et les chiros car B. Kouchner les a mis au PLFSS en 2002 et a mis 20 ans pour créer le cadre légal qui les reconnait. En 2019 l’UE a récidiver en prenant l’angle de l »économie du bien-être comme facteur de croissance. En 2012 le premier ministre avait créer les bases de la reconnaissance sans suivi, enfin le communique de presse de l’Académie nationale de Médecine du 16/2/2026, relance la question ce qui peut-être va nous aider tous : https://www.bio-sante.fr/legislation-et-medecines-complementaires.html

  • Martine Dachez dit :

    Bonjour,
    ç’est un petit pas vers, espérons le une ouverture vers une légalisation des médecines naturelles… Mais qu’en est-il des naturopathes, magnétiseurs et tous ceux qui travaillent sur les énergies??? Avec de très bons résultats bien souvent! Dans quel « cadre » seront-ils classés?
    Cordialement
    Martine

  • Anonyme dit :

    Seule,, la Santé de nos Compatriotes est Capitale… … … Merci !

  • becq dit :

    Juste une précision de taille : la médecine n’est pas une science mais un art

  • ANGLES Marie-France chez Boudet Félix dit :

    C’est très intéressant car j’utilise la médecine allopathique et alternative pour mes soins de santé considérant que l’une ne va pas sans l’autre . Je sais que des médecins de la médecine naturelle dont les remèdes n’étaient pas prouvés scientifiquement mais qui avaient obtenu de bons résultats pour la santé de leurs malades , ont été poursuivis et même emprisonnés . Je souhaiterais que les médecins des deux médecines , la conventionnelle et la naturelle , travaillent ensemble et que chacun des malades se sente en confiance avec les deux et puisse se faire soigner avec le minimum d’effets secondaires et de risques pour leur santé . Ce qui compte c’est l’amélioration du malade et pas les intérêts personnels des médecins ou des laboratoires . Je me bats personnellement contre la sclérose en plaques pour des traitements par cellules souches , vous pouvez voir mes vidéos sur Facebook et bientôt Instagram et Tik Tok . Merci pour cette bonne nouvelle . Marie-France Angles

  • VOULOIR MADY dit :

    ENFIN DE L ESPOIR ….!!??

  • Huj Robert dit :

    Comment notre pays peut il continuer à être pris en otage, par un groupe de soi disant docteur en médecine, puisque leur rôle se limite à imposer une pratique, soit disant moderne, de médication chimique, qui déplace seulement le symptôme, sans soigner réellement le patient en souffrance d’une maladie ? Sur la santé, la France prends régulièrement du retard avec la demande du peuple qui souhaite revenir aux fondamentaux d’hypocrate qui disait, entr’autres, que le patient est son meilleur médecin. Cela suppose la possibilité de choisir sa méthode thérapeutique, dans un choix très large, y compris des pratiques ancestrales, qui ont fait leurs preuves. Le malade doit être considéré dans sa totalité et non seulement dans une partie qui en détruit une autre, c’est intolerable ?

    • MADY VOULOIR dit :

      COMPLETEMENT D ACCORD .

      LE SIECLE DES LUMIERES N EST PLUS . LA FRANCE EST UN PAYS DE PLUS EN PLUS ARRIERE . CEUX QUI DEVAIENT ETRE DES GRANDS ESPRITS NE BRILLENT PLUS …HONTE A EUX !

  • Emmanuel DENIS dit :

    merci de nous partager toutes ces informations, interrogations et constats. cela va dans le Bon sens !

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